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À cœur ouvert #005 Une question d'intensité

  • Photo du rédacteur: emmeline_hugot
    emmeline_hugot
  • 27 oct. 2020
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 nov. 2020



Il y a une dizaine d’années, un soir de de vacances scolaires sous le soleil de notre cher département, j’accueille ma mère qui rentre du boulot, elle est très remontée :

Elle s’agace et me raconte comment elle fait confiance aux gens, comment elle donne naturellement et se rend compte après coup que les autres profitent d’elle.


J’admire cette générosité chez ma mère, cette manière qu’elle a de donner en s’oubliant elle même, bien que je vois les failles qui vont avec, dont j’ai hérité.

Elle est bouleversée, dans la même journée un patient à elle et une amie proche lui ont reproché de ne pas “en faire assez”, de ne pas “donner assez”.

Elle s'énerve en me disant qu’elle donne tout punaise ! C’est encore elle qui va chercher les gosses de son amie le soir et les lui ramène ! Et en échange qu’est-ce qu’elle a elle ?! Rien ! Elle demande rien ! Mais on pourrait croire qu’elle lui donnerait naturellement en retour ? BEN NON, ca va pas de soi !

Et elle finit en s’auto-flagellant qu’elle est ‘Trop bonne, trop conne’ Au bord des larmes, elle me dit

Qu’elle en a marre ! elle va tous les envoyer paître, elle ne donnera plus jamais rien ! ça ne vaut pas la peine de se décarcasser et de donner autant pour se faire emmerder tout le temps!”


Ça y est, elle est radicale. C’est tranchée… “Elle ne donnera plus JAMAIS”


Je vois sa souffrance et je compatie…

Oui je me reliait bien à sa triste colère, j’ai été fortement déçue moi aussi… rejeté et maltraitée par mon premier amour, “l’amour de ma vie”, celui qui ensoleillait mes jours et mes nuits.

Je lui avait tout donné, perpétuellement, beaucoup trop…

Pour ne récolter que des baignes émotionnelles et de l’errance psychologique. J’étais encore en deuil et en reconstruction.


Alors dans un élan de sagesse que cette renaissance fragile permettait probablement, du haut de mes 18-19 ans de l’époque, pas tout à fait remise des violences morales que j’avais subie et que je continuais de subir en secret,

Je dis à ma mère quelque chose comme ceci :

“Tu sais maman, j’crois pas qu’on puisse aimer et savourer autant le bonheur si on ne connaît pas la peine et la douleur dans la même intensité… Je sais que c’est dur, mais si tu souffres et tu es vulnérable à cet endroit là, c’est évident pour moi que tu seras, à la même intensité, heureuse et vulnérablement comblée à d’autres endroits…”


et je rajoutais :

“Quelle tristesse et quelle gâchis ce serait que tu t’isoles et te coupes de tes amitiés et de ta générosité parce que, de temps en temps, il y en a qui profitent un peu trop sans se rendre compte des cadeaux que tu offres, comme je trouverais triste de ne plus jamais ouvrir mon coeur à l’amour parce que celui que j’appelais “l’amour de ma vie” a arraché mon coeur, l’a jeter par terre et piétiner en me riant au nez, tout en disparaissant de la surface de la planète, et me poignardant régulièrement sous sa cape d’invisibilité numérique.

Je ne regrette rien, même si la plaie à mon coeur n’est pas encore refermée, c’était tellement bon et goûtu de donner et d’aimer sans limites quand ça allait… Alors qu’importe si je vis un peu souffrance par ailleurs, parce que j’ai pu vivre ces bonheurs si grand et sans limites quelques mois, quelques jours, quelques instants ! Et ça, ça n’a pas de prix !”



Dans mon expérience de pré-adulte, à la perte de ce premier amour, j’avais goûter et deviner ce que les études socio-psychologiques démontrent aujourd’hui :

“Notre capacité à être touché et ouvert du cœur, notre capacité à aimer en somme, ne peut jamais être plus grande que notre capacité et notre volonté à se laisser briser le cœur et à accueillir la douleur.”

Cela ne veut pas dire qu’il faut souffrir pour être heureux non, non non !

Cela veut simplement dire que la vulnérabilité ouvre les portes au très confortable comme au très inconfortable. Et le très inconfortable n’est pas nécessairement mauvais, il peut nous traverser, car on sait qu’il est éphémère, tout autant que le très confortable...


Il est ici question de l’intensité de ressentir.

Toutes nos émotions et nos sentiments voyagent sur la même courbe d’intensité en nous… les mêmes rails de montagnes russes. Ils empruntent tous le même chemin : notre cœur, qui est plus ou moins ouvert, plus ou moins réceptif, plus ou moins apte à recevoir et donner.


Face à la désillusion et au désarroi de ma mère, je venais de réaliser que les meilleurs et les pires moments de ma vie étaient équivalent en intensités.

je n’avais jamais souffert autant moralement… mais Je n’avais jamais aimé autant non plus.


J’ai appris que je pouvais avoir mal au cœur, être heurtée, tomber, me laisser traverser, submerger et noyer par cela, et au final, toujours me relever, regrimper, retrouver le soleil de l’aube au lendemain.


J’ai appris que c’est aussi mon attachement et la croyance à ce que ce bonheur se reproduise de la même manière tous les jours qui enclenchaient la déception et la souffrance et qui m'empêchaient de vivre pleinement ce bonheur au présent.


J’ai appris et découvert que l’ouverture du cœur à cette faculté de nous permettre de traverser les tsunamis de la Vie, le simple fait d’oser sauter dans les abysses des sentiments, même inconfortables et terrifiants, Car bien que j’en ressorte parfois abîmés, nus et frigorifiés, le soleil resurgit le lendemain, toujours présent au RDV, il me réchauffe, me soulage et me réénergise.


La Vie en nous ne s’arrête pas, jamais, même au plus bas des fonds, même quand on se chuchote à soi-même de tout arrêter, que ça n’en vaut plus la peine et qu’il n’y a plus de sens, la Vie, elle, est encore là, en mouvement dans les ombres de nous même.


Je découvre également que L’Amour n’a pas de camp : Il est à la fois Doux et Puissant, Accueillant et Tranchant, immuable et tourbillonnant.

Mais surtout, il n’existe qu’au présent,

il ne juge pas le passé et n’attend rien de demain, si ce n'est lui-même.


Et vous les ami.e.s, comment vas votre cœur ces temps-ci ?

Prenez-vous le temps de le laisser s’exprimer, dans toutes ses nuances ?

Aussi confortables qu’ inconfortables ?


Et si personne ne te l’a dit aujourd’hui : je t’aime

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